Boire et manger à l’œil : Aux Açores c’est possible !

Publié le par Ana

Ami voyageur, tu as bien lu ! Aux Açores il est possible de boire (pas seulement de l’eau !) et de manger à l’œil, qui plus est chez de parfaits inconnus. Je t’entends déjà me dire, « tu vas nous faire croire qu’en gros tu t’invites chez des gens que tu ne connais pas, qui ne te posent aucune question sur d’où tu viens ou ce que tu fais, et toi tu t'installes les pieds sous la table et tu attends qu’on te serve ??? Gratuitement !!! », OUI ! Car derrière ce titre racoleur existe une belle tradition humaniste aux Açores, celle des Soupes du Saint-Esprit (Sopas do Espírito Santo).

Les Açores

L'Archipel des Açores (Wikipédia)

L'Archipel des Açores (Wikipédia)

Sopas do Espírito Santo, késako ?

C’est une soupe composée de viande de bœuf (abattu pour cette occasion), d’eau de cuisson, de pain, de menthe, ce plat est accompagné de vin rouge, elle est servie traditionnellement à l’occasion des Fêtes du Saint-Esprit les dimanches durant le mois qui suit les célébrations du Senhor Santo Cristo (5ème dimanche après Pâques) sur toutes les îles de l’archipel. La recette varie d’île en île, mais la base reste identique. Durant ce mois de célébration, il y aura des repas distribués gracieusement au public tous les jours.

la soupe du Saint-Esprit
la soupe du Saint-Esprit
la soupe du Saint-Esprit

la soupe du Saint-Esprit

La plus renommée est celle de Santa Maria à tel point que les meilleurs cuisiniers sont sollicités sur les autres îles de l’archipel, c’est aussi à Santa Maria que la tradition est restée la plus authentique. Par exemple, la recette est proche de celle des origines, la viande mijote au feu de bois dans des marmites en fonte à trois pieds. Elles ne sont proposées que le dimanche, tandis que sur les autres îles, elles sont également servies en semaine.

les marmites en fonte
les marmites en fonte
les marmites en fonte

les marmites en fonte

L’origine des Sopas do Espírito Santo, ou soupas dos impérios, remonte au moyen âge au Portugal, cette tradition est introduite au XIIIème siècle par la reine Isabelle de Portugal (ou Elisabeth de Portugal) devenue La Reine sainte et son époux le roi Denis 1er (D. Dinis), il s’agissait de l’aumône faite aux pauvres. La reine Sainte Isabelle était un modèle d’humilité proche des franciscains, elle vouait son existence aux plus humbles en pratiquant la charité.   

La Reine Sainte Isabelle ou Elisabeth

La Reine Sainte Isabelle ou Elisabeth

Cette tradition a perduré aux Açores avec les immigrés venus du continent. Elle s’est intégrée au culte du Saint-Esprit très vivace sur l’archipel, dont l’objectif était de protéger les habitants des catastrophes naturelles comme les éruptions volcaniques ou les tremblements de terre.

Pièce d'artisanat représentant la colombe du Saint-Esprit

Pièce d'artisanat représentant la colombe du Saint-Esprit

Les soupes du Saint Esprit : une histoire de « promessa »

Les préparatifs pour les festivités du Saint-Esprit débutent un an à l’avance, à l’issue de la dernière célébration en cours, le comité des fêtes de chaque paroisse se réunit et établit le calendrier pour l’année suivante. Je ne rentrerai pas dans les détails, cela fera l’objet ultérieurement d’un article dédié à la Fête du Saint-Esprit.

Pour faire simple, au sein du comité, une personne se désigne pour gérer les prochaines festivités, c’est une manière d’honorer un vœu (voto) ou une promesse (promessa) faite au Saint-Esprit. C’est elle qui va faire recueillir les dons (quitte aussi à mettre la main à la poche), coordonner les équipes de volontaires. Elle achètera les veaux, ou récupèrera les animaux offerts en don et se chargera de les placer chez un éleveur qui en prendra soin durant un an. L’organisateur s’il en a les moyens, mettra à disposition son garage ou une salle pour recevoir les visiteurs.

La fête est animée, la viande bien assaisonnée, du vin nous allons boire, et le Saint-Esprit remercier !

La fête est animée, la viande bien assaisonnée, du vin nous allons boire, et le Saint-Esprit remercier !

L’année suivante, le jeudi précédant les célébrations, les vaches défilent (sauf à Santa Maria), elles sont abattues le vendredi. Le samedi les éleveurs sont récompensés pour leur aide, ils reçoivent 25 kg de viande, du vin et du pain, un dîner est organisé en remerciement. Les préparatifs des soupes débutent le vendredi, elles seront servies toute la journée du dimanche. A cette occasion, le prêtre effectue une bénédiction.

Cette tradition n’existe aux Açores, la vie insulaire est particulière dans le sens où c’est un microcosme, tout le monde se « connaît » se côtoie. La pression sociale sur les individus y est plus forte que sur le continent. Aussi, les traditions sont importantes car elles renforcent le lien social et la solidarité. Et quoi de plus fédérateur qu’un bon repas ?

Lors de son défilé, Marguerite n'a rien à envier à Miss France !
Lors de son défilé, Marguerite n'a rien à envier à Miss France !

Lors de son défilé, Marguerite n'a rien à envier à Miss France !

C’est parti pour 2 heures d’attente !

J’ai eu l’occasion d’y assister lors de mon voyage sur l’île de Santa Maria. A l’extérieur se tenait une file interminable, il en fallait de la patience, presque 2 heures avant de passer à table, mais nos hôtes ont pensé à tout. Des volontaires, châle traditionnel sur les épaules, distribuent de généreuses tranches de massa sovada, une sorte de pain brioché.

Beaucoup d'attente à l'entrée de la salle, mais l'ambiance est joyeuse et chaleureuse
Beaucoup d'attente à l'entrée de la salle, mais l'ambiance est joyeuse et chaleureuse

Beaucoup d'attente à l'entrée de la salle, mais l'ambiance est joyeuse et chaleureuse

Et là je vois une dame tenant entre ses mains une cocotte minute. Je n’en crois pas mes yeux ! Des gens se permettent de venir avec leur propre faitout afin de les remplir. On m’explique que les familles redistribuent la nourriture aux proches âgées ou malades qui ne peuvent se déplacer.

La Massa sovada est portée par les femmes et distribuée à l'assemblée par les hommes en châle traditionnel
La Massa sovada est portée par les femmes et distribuée à l'assemblée par les hommes en châle traditionnel
La Massa sovada est portée par les femmes et distribuée à l'assemblée par les hommes en châle traditionnel
La Massa sovada est portée par les femmes et distribuée à l'assemblée par les hommes en châle traditionnel

La Massa sovada est portée par les femmes et distribuée à l'assemblée par les hommes en châle traditionnel

Enfin notre tour, nous entrons dans un garage avec une quinzaine d’autres participants et prenons place autour d’une table simplement dressée. Nos hôtes nous accueillent avec les vers suivants  "A hora de repartir, Que a gente tanto gosta. Pão, carne, massa e vinho. Temos sempre a mesa posta" (A l’heure de repartir, ce que le monde aime tant. Pain, viande, vin. Nous avons toujours la table dressée).

Les visiteurs attablés, tandis qu'en cuisine les volontaires travaillent dur
Les visiteurs attablés, tandis qu'en cuisine les volontaires travaillent dur
Les visiteurs attablés, tandis qu'en cuisine les volontaires travaillent dur

Les visiteurs attablés, tandis qu'en cuisine les volontaires travaillent dur

Arrivent les soupières pleines, je me revois attablée enfant devant cette « soupe », préparée par ma grand-mère paternelle. Je me souviens d’avoir détesté, de ne pas avoir terminé et d’être restée très longtemps à table devant mon assiette. Je n’ai plus jamais voulu en manger. Les verres et les assiettes se remplissent, tout va très vite grâce à une organisation parfaitement calibrée, derrière nous d’autres attentent leur tour. En 15 minutes, le repas est expédié, les estomacs comblés. Verdict, le repas était délicieux, la viande divine.

Boire et manger à l’œil : Aux Açores c’est possible !
Boire et manger à l’œil : Aux Açores c’est possible !

Avant de prendre congé, nos hôtes nous adressent aux convives une dernière fois « Viva o Espírito Santo !» (vive le Saint-Esprit) sous les vivats de l’assemblée.

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